Rêves de Héros - Episode 3 : Chacun sa couleur

Publié le par seventhsea

CHARLES DE CHEVALLIER - Mousquetaire mis à pied

 

Du jaune. Intense.

Du bleu. Scintillant.

Du vert.

Puis du vert, de nouveau.

 

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

Le ciel est clair. C’est le temps de la victoire.

Mon armée est en marche. Je suis l’Empereur.

Je suis en haut de la tour de commandement tirée par les esclaves.

Je sais que la plaine n’est pas sûre.

L’armée adverse est en déroute mais la plaine n’est pas sûre.

On hurle sur les esclaves. Pas assez. Ils sont lents et la plaine n’est pas sûre.

Le voici.

Il fond sur moi, les ailes déployées.

Il est énorme et embrasé.

Ses yeux rougeoyants sont gigantesques. Effrayants, sans doute.

Je n’ai pas peur.

J’attrape sa gueule dans ma main. De l’autre j’agrippe une aile.

Elle s’arrache comme un parchemin moisi.

Je sens la brûlure. Je pourrais lâcher prise.

De mes deux mains je serre son cou, fort. Il se débat.

Pas longtemps. Il s’arrête net. J’ai tué le phénix.

 

FINN JOHN - Fils du chambellan du Royaume du Lac 

  

Du jaune. Intense.

Du bleu. Scintillant.

Du vert.

Puis du rouge, comme un soleil.

 

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

Elle me plaît. Immodérément.

Comment et pourquoi être attiré par une sorcière ? C’est incompréhensible. Je tomberai bien dans son piège, si c’en est un.

Reste son mari, qui est plus qu’un ami ; je ne peux pas lui faire ça.

Peut-être puis-je le convaincre de me laisser seule avec elle.

Il ne voudra pas. Cela est interdit par les règles. J’essaye.

Il m’écoute déverser des sornettes et des flagorneries. Son regard est fasciné. Il m’admire.

Le niais.

Il consent, oui, à me rendre ce service.

Reste à séduire la dulcinée. Elle me regarde, bouche bée. Pour un peu, on pourrait la croire amoureuse.

La niaise.

Je l’embrasse. Ce n’est pas si plaisant. Ça y est, je suis lassé d’elle.

Pourquoi ai-je choisi cette sotte ? Ce soir, j’aurais séduit la terre entière.

Demain, je dîne chez le roi. Espérons que la reine me délassera. 

 

MIGUEL BAYNE - Capitaine de vaisseau 

 

Du vert. Epais.

Du noir. Poisseux.

Du brun.

Puis du jaune, brillant.

  

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

Des bottes, pour mon fils. Ses premières. Il les regarde, émerveillé. Elles sont encore un peu trop grandes, c’est visible. Il veut les mettre. Et les essayer tout de suite.

C’est déjà un petit marin en herbe. Il est fier. Moi aussi.

Il va grimper aux cordes, sur le pont. Il aime ça. Il est agile, comme une petite araignée sur la voile tendue. Son pied se prend dans un entrelacs de cordages, qui se referment sur lui comme un piège à loup. Il panique, se débat. Les hommes rient, je monte le chercher. Son pied glisse de la botte. Il tombe à la mer.

Pendant qu’il nage vers le bateau, une forme s’approche. Une sirène. Puis une autre. Encore une autre. Des dizaines. En un instant, le petit corps est encerclé. Je saute.

Il hurle. Il s’est fait mordre. L’épaule de mon fils est prisonnière de la gueule sanguinolente.

Mes doigts traversent la gorge de la bête. Je frappe à l’aveugle. Les os de la sirène se broient sous mes poings. Les autres sirènes s’approchent. Je leur broie les os une à une. Je suis ivre de rage.

 

DINA CARLI - Dite PAOLA MORETTI, parfois connue sous d’autres noms 

 

Du bleu. Intense.

Du rouge. Vif.

Du mauve.

Puis du vert, très épais.

 

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

Je suis un sot.

Je me déteste.

Je suis impulsif.

Je suis présomptueux.

J’ai eu mille fois l’occasion de régler cette affaire, j’ai cru mille fois avoir partie gagnée.

Et mille fois je me suis emporté.

Je ferme les yeux.

Je la vois.

Elle pense à moi. A qui d’autre pourrait-elle penser ?

Elle veut se venger.

Ou plutôt non, elle veut comprendre.

Non è niente che intendere, figlia mia. Il padre tuo è un pazzo. E basta.

Elle va revenir.

Bientôt.

Je ne peux pas me permettre de faiblesse.

Cette fois, figlia mia, tu n’en réchapperas pas. Théah est en jeu.

 

RYAN CAMPBELL - Farceur depuis son premier jour 

 

Du vert. Epais.

Du noir. Poisseux.

Du brun.

Puis du jaune, intense.

 

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

C’est ma première taverne.

Ne pas écouter mon cœur qui bat la chamade. Avoir l’air habitué.

De l’assurance. De l’assurance. J’entre.

Hector.

Qu’est-ce qu’il fait là ? Qu’est-ce que mon ami d’enfance fait dans une taverne ? Et moi qui ai fanfaronné depuis des mois à ce sujet ! Si lui se rend compte que c’est ma première taverne, ce serait pire que tout.

De l’assurance, de l’assurance.

On me bouscule. Pourquoi je reste sur le seuil, bon sang ?

Hector m’appelle, m’invite à le rejoindre.

Mes jambes vacillent, n’avancent pas bien.

Vite, m’asseoir. Avoir l’air habitué. De l’assurance, de l’assurance. Boire, oui, boire, bonne idée.

La tête me tourne un peu, pas tellement vite.

Je veux me lever. J’y arrive, mais pas tout de suite.

Je tombe. On rit. Je me relève. Je retombe. Mort.

 

ELANA CAMPBELL - Grande dame d’ici-bas et d’ailleurs 

 

Du bleu. Intense.

   

Du jaune. Brillant.

Du vert.

Puis du vert, de nouveau.

 

J’ai soif. Le mélange est beau. Je le bois.

 

Je me vois dans le miroir de la cheminée.

Je suis belle.

Je suis la reine Elaine.

Derrière la fenêtre, la nature sort à peine des ténèbres. La lumière est immaculée, diaphane.

Elle change.

Je vois le jour se lever à toute allure.

J’ai chaud tout à coup, très chaud.

Il est déjà midi, peut-être plus.

Je veux ouvrir la fenêtre. J’y mets beaucoup de temps.

A peine est-elle ouverte que déjà je frissonne.

Ce soir de printemps est frais.

Je voudrais refermer cette fenêtre mais le temps me résiste.

J’approche ma main du battant. Pendant des heures.

Quand ma main se posera sur la vitre glacée, je serai vieille.

Je me regarde de nouveau dans la glace. Me voici vieillarde, figée dans la nuit, lente à jamais. Morte, peut-être.

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