Rêves de Héros - Episode 1 : L'Homme au manteau
- ALAN CAMPBELL - Du Clan Campbell
C’est un rêve étrange, que tu vois comme de l’extérieur. Sauveur est là, fringant au milieu des égouts de Charousse. Il est en grande conversation avec un inconnu, assez grand, dont les cheveux châtains très clairs, presque blonds, font comme une tâche dans l’obscurité du couloir fangeux. Les yeux noisette de l’inconnu perforent l’atmosphère d’un regard perçant, malveillant. Il traverse les égouts comme une ombre, enveloppé dans un long manteau gris dont les reflets argentés sont trop visibles pour être naturels. Pas de doute, on dirait du drachenseisen. L’inconnu parle toujours avec ton frère d’une paire de cubes verdâtres qu’ils viennent de découvrir dans un recoin. Un tentacule gigantesque sort brusquement de l’égout et attrape Sauveur, qui parvient à s’agripper avec difficulté à la corniche de pierre qui borde le flot d’immondices. Les yeux éperdus de Sauveur cherchent l’inconnu qui fait un pas vers lui et lui écrase un à un les faibles doigts, méthodiquement. Sous le regard rageur de l’inconnu, Sauveur finit par lâcher prise.
Réveil
- DOUGLAS MAC PHERSON - Chevalier d'Elaine
Pau. Négociations pour un accord multilatéral sur le commerce du charbon entre la Montaigne, l’Eisen et les trois îles d’Avalon. Les débats sont déjà très avancés avec tes deux homologues, un vieil homme très doux pour l’Eisen et un noble assez hautain, un certain Hugues Quéré de Montbreil pour la Montaigne. L’homme a l’air respectable, de haute taille et le regard imposant, ses yeux couleur noisette tranchant avec la blancheur de son visage poudré et la clarté de sa chevelure châtain clair, presque blonde. L’émissaire eisenör est quant à lui faible, profondément ridé et surtout bien las ; il ne semble plus vouloir se soucier de quoi que ce soit. Son seul est dernier combat, c’est de refuser sans fléchir les prix de misère qu’exige Montbreil pour de grandes quantités de charbon brut. Toi, pris entre deux feux crépitant avec de plus en plus de violence, tu manœuvres comme tu le peux. Désarmé, tu t’isoles un moment pour écrire à McDuff une lettre qui l’avertit du blocage indépassable de la situation et tu souris déjà en pensant que, s’il était là, McDuff te répondrait sans doute que le mot « indépassable » n’était sûrement pas highlander et qu’il fallait que tu fasses preuve de plus d’opiniâtreté. C’est toujours le sourire aux lèvres que tu entends un bruit sourd dans la pièce où tu as laissé tes deux compères. En entrant d’un pas brusque, tu aperçois le corps décrépit de l’eisenör se débattre fé-brilement sous les coups répétés de Montbreil. Avant que tu aies le temps de fondre sur lui pour l’arrêter, Montbreil brise la canne du vieillard sur son faible crâne. Le vieux cesse de se débattre, inanimé. Trop choqué pour réagir autrement qu’à coups de poings sur Montbreuil, tu le vois se retourner vers toi, le regard noir, malveillant, carnassier. En un coup d’œil, tu te rends compte que son long manteau gris se strie par instants d’étranges reflets argentés. Ton poing n’est plus qu’à une demie-coudée de son visage quand tu acquiers l’absolue et inquiétante certitude que le manteau est fait en dracheneisen. Tu manques ton coup.
Réveil
- MIGUEL BAYNE - Nom d'adoption
Tu es une femme, une jeune femme. Tu travailles dans la boutique de ton père, le barbier de la ville. Quelle ville, tu ne saurais pas le dire. Ta ville, depuis toute petite certainement. Un jeune apprenti y travaille aussi, en face, dans l’échoppe de l’apothicaire. Il est très grand, assez beau avec ses grands yeux noisette qui illuminent un visage doux, planté d’une magnifique chevelure couleur châtain, presque blonde. A chaque fois que tu le vois, tu es très émue, tu ne sais pas bien pourquoi. Il porte quelquefois un long manteau gris, très simple, avec des reflets argentés, comme si… C’est très curieux, tu as le sentiment que ce manteau est en dracheneisen. Tu murmures souvent son prénom derrière les fenêtres de la boutique : « Gabriel, Gabriel ». Toute ton attitude empruntée trahit ton amour pour lui et lui aussi te jette parfois de petits regards langoureux en traversant la rue sur un prétexte. Un jour enfin vous vous offrez l’un à l’autre, dans l’arrière-boutique. L’étreinte est fabuleuse : c’est ton premier homme et un bonheur gigantesque t’envahit. Il s’appelle Gabriel et il est l’homme de ta vie. Et cet homme laisse une trace en toi, bien réelle ; tu sens ton ventre s’alourdir. C’est là que les choses se compliquent. Gabriel est embarrassé, il ne peut pas t’épouser, en tous cas pas tout de suite, son père a peut-être d’autres projets pour lui, pour la boutique, qui permettraient de l’agrandir. Tu n’as guère besoin de l’entendre se justifier davantage. Tu es peut-être un peu naïve, mais certainement pas sotte. Tu sais ce qui te reste à faire. Après avoir accouché en secret, tu entoures le nouveau-né encore hurlant dans un monceau de linges et tu te diriges vers le port. Tu pleures de toute ton âme en pensant à Gabriel, à ce fils que tu tiens dans tes mains tremblantes. Tes yeux embués de larmes distinguent à peine la misérable caisse sur laquelle tu déposes le petit corps gesticulant, ton fils. Le bébé reste seul, longtemps, à s’éveiller au monde, protégé par l’ombre immense d’un vaisseau castillan qui présente en son flanc son nom écrit en grosses lettres, « La Catadorla ».
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DINA CARLI - Dite PAOLA MORETTI, parfois connue sous d'autres noms
Une réception au palais de Caligari. Tous les grands personnages des principales cours vodacci ont été invités. Ilario n’aurait certainement pas manqué cette occasion de faire admirer ses grands yeux noisette et sa belle chevelure châtain, presque blonde. Pour la circonstance, il s’est drapé dans un magnifique et long manteau gris, aux reflets argentés assez étranges. A y regarder de plus près, il semble bien que ce soit… du dracheneisen. Lorsque tu t’en rends compte, tes yeux s’ouvrent en grand et tu ressens le besoin de t’approcher, de l’interroger. Mais, à chacun de tes mouvements vers lui, la foule réunie dans la grande salle semble s’assembler en un bloc compact qui t’empêche de passer. La foule crée une vaste barrière entre toi et lui, si bien que tu te sens terriblement seule au milieu de tout ce monde. Tu es d’ailleurs maintenant tout à fait seule, perdue dans cette grande salle, un minuscule insecte. Tu te recroquevilles, prête à pleurer toutes les larmes de ton corps, à devenir invisible pour disparaître tout à fait. En relevant furtivement la tête, tu t’aperçois que tu n’es plus dans la grande salle mais sur le large balcon fleuri du palais, tout en haut de l’île. Ilario arrive, sa grande taille moulée dans le dracheneisen. Tu te lèves, prête à l’embrasser, heureuse et soulagée. Il te re-pousse. Tu insistes. Il te saisit par un bras, te soulève et t’assoit en un souffle sur la balustrade. Tu te sens tout à fait perdue, le dos dans le vide. Il crie des choses que tu n’écoutes pas. Il gifle. Il se heurte à tes frêles mains qui protègent ton visage. Il gifle plus fort, de plus en plus fort. Tu tombes dans la lagune.
Réveil
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IGINO DI MONTALVO - Fils et petit-fils d'intendant devenu seigneur eisenör
Un rêve flou. Des flashes. Toi, enfant. Tout se mélange. Ta vue se brouille. L’image de ton père et de ta mère, massacrés tous les deux. Et Enzo aussi, ton frère, qui pa-raît grand, très grand à tes yeux d’enfant. Tu l’aimes tant ton frère, il est grand et très beau avec ses grands yeux noisette et ses beaux cheveux châtains clairs, presque blonds. Et d’ailleurs c’est dans son cabinet de travail que tu t’es réfugié dès que tu as entendu du bruit, ton père qui criait. Tu le vois devant toi, immobile au centre de la pièce, le regard fixe, un peu méchant. Tes yeux sont rivés sur le long manteau qui lui court jusqu’aux genoux. Tu ne l’avais jamais vu le porter auparavant, il est pourtant très joli avec ces longs reflets argentés. D’un coup, l’intuition te vient que ce manteau ressemble exactement à du dracheneisen. Il te découvre dans ta ca-chette, t’en sort d’une main brutale. D’un geste bref, il dégaine sa rapière, celle que lui a donné ton père le jour de ses fiançailles. Tu ne distingues même plus la longue épée qu’il brandit dans ta direction ; tout ce que tu vois, c’est le regard de ton frère, fauve, hargneux, terrible, c’est cet être, ton grand frère, qui déborde de haine, prêt à éclater tout à fait. Et de loin, de très loin, une petite voix remonte du plus profond de toi-même, qui susurre tristement « Enzo, Enzo, qu’est-tu devenu ? »
Réveil